Le pré-requis : ouvrir des droits ARE
Pour toucher l'ARE, il faut deux conditions cumulatives :
- Avoir cotisé au moins 130 jours travaillés (ou 910 heures) sur les 24 derniers mois. Pour les 53 ans et plus, la période de référence passe à 36 mois.
- Avoir perdu son emploi involontairement. C'est le point critique pour qui veut passer freelance.
"Perdre son emploi involontairement" signifie en pratique : licenciement (économique ou pour cause personnelle non disciplinaire), rupture conventionnelle, fin de CDD, démission considérée comme légitime. La démission classique n'ouvre pas de droits ARE, sauf cas particuliers (suivre conjoint, déménagement pour reprendre un emploi, etc.).
D'où la stratégie classique : négocier une rupture conventionnelle avec ton employeur plutôt que démissionner. Ça ouvre tes droits ARE tout en mettant fin au contrat. Voir notre conseil sur le sujet pour les détails de la négociation.
Le calcul du montant : formule officielle
Le montant de ton ARE journalière est calculé à partir de ton SJR?Salaire Journalier de Référence. Base de calcul de l'ARE, déterminée à partir des salaires perçus sur les 24 derniers mois avant la fin du contrat. (Salaire Journalier de Référence). Le SJR correspond grosso modo à ton salaire brut mensuel × 12 / 365.
L'allocation journalière (AJ) est calculée par la formule la plus avantageuse entre deux options :
- Formule A : 40,4 % × SJR + 12,95 €/jour
- Formule B : 57 % × SJR
Avec deux bornes :
- Plancher : 31,59 €/jour
- Plafond : 75 % du SJR (et SJR plafonné à 4 × PSS, soit ~7 955 €/mois)
Exemple concret : pour un salaire brut de 4 000 €/mois (= SJR de ~131 €/jour) :
- Formule A : 131 × 40,4 % + 12,95 = 65,87 €/jour
- Formule B : 131 × 57 % = 74,67 €/jour
- AJ retenue : 74,67 €/jour, soit environ 2 240 €/mois brut
La durée d'indemnisation
La durée maximale d'indemnisation dépend de ton âge à la fin de contrat :
| Âge à la fin de contrat | Durée max |
|---|---|
| Moins de 53 ans | 18 mois (548 jours) |
| 53-54 ans | 22,5 mois (685 jours) |
| 55 ans et plus | 27 mois (822 jours) |
Cette durée est plafonnée par ta durée d'affiliation. Si tu n'as cotisé que 6 mois, tu touches au maximum 6 mois d'ARE, pas 18.
Le différé d'indemnisation retarde le démarrage de l'ARE après ton dernier jour de travail :
- Différé congés payés : nombre de jours de congés payés non pris à la sortie
- Différé spécifique : si tu as touché des indemnités supra-légales (au-delà du minimum légal de la rupture conventionnelle), un différé supplémentaire s'applique (max 150 jours)
- Délai d'attente : 7 jours systématiques
Concrètement, entre ton dernier jour de CDI et ta première ARE, il peut s'écouler 1 à 6 mois selon ta situation. À anticiper dans ta trésorerie.
Les 3 options pour utiliser tes droits
Option 1 — Maintien ARE mensuel + cumul avec activité
Tu touches l'ARE chaque mois, et tu peux cumuler avec ton activité freelance. La règle : France Travail déduit 70 % des revenus déclarés du montant de ton ARE mensuelle.
Exemple : si ton ARE théorique est de 2 240 €/mois et que tu déclares 1 500 € de revenus freelance, ton ARE versée sera de 2 240 - (1 500 × 70 %) = 1 190 €/mois. Tu touches donc 1 190 + 1 500 = 2 690 € au total.
Depuis avril 2025, l'ARE versée pendant l'activité est plafonnée à 60 % des droits restants. Au-delà, tes droits sont consommés mais non versés. Mécanisme protecteur pour France Travail, mais qui réduit l'intérêt du cumul à fort revenu freelance.
Quand c'est pertinent : si tu démarres doucement (1 000-3 000 €/mois de revenus freelance les premiers mois) et que tu veux sécuriser ton net en bas. Idéal pour tester avant de basculer à fond.
Option 2 — ARCE : versement en capital
L'ARCE?Aide à la Reprise/Création d'Entreprise. Versement en capital de tes droits chômage restants, en 2 fois. Tu renonces alors au maintien mensuel de l'ARE. te permet de récupérer 60 % de tes droits ARE restants en capital, en 2 versements :
- 50 % versés au moment de la création de l'entreprise
- 50 % versés à M+6, si tu poursuis l'activité (sur justificatif)
Avec une retenue de 3 % au titre du financement de la retraite complémentaire.
Exemple : si tes droits ARE totaux sont de 40 000 €, l'ARCE te verse 40 000 × 60 % × 97 % = 23 280 € au total, soit 11 640 € à la création et 11 640 € à 6 mois.
Tu ne touches plus l'ARE mensuelle après ce versement. Tes droits restants (40 % des droits initiaux) sont préservés et utilisables si tu retournes en CDI dans un délai limite, puis te retrouves de nouveau au chômage.
Quand c'est pertinent : tu as besoin d'un coup de pouce de trésorerie au démarrage (matériel, formation, marge de sécurité), tu vises rapidement un revenu freelance qui ferait baisser fortement ton ARE maintien (auquel cas l'ARCE est mieux), ou tu préfères "verrouiller" tes droits.
Option 3 — Rien : conservation des droits
Si tu n'actives ni le maintien ni l'ARCE, tes droits restent disponibles pendant la durée d'ouverture (3 ans + durée des droits). Tu peux les activer plus tard si tu retournes en CDI puis te retrouves de nouveau sans emploi.
Quand c'est pertinent : tu comptes retourner en CDI rapidement (mission de 3-6 mois en freelance par exemple), et tu veux préserver tes droits pour plus tard.
Maintien ou ARCE : la décision
C'est la grande question. Voici la matrice de décision simplifiée :
| Profil | Reco | Raison |
|---|---|---|
| Démarrage lent (revenus < 50 % de ton ARE les 6 premiers mois) | Maintien | Tu cumules ARE + revenus, sécurité maximale |
| Démarrage rapide (revenus = ou > à ton ARE dès M3) | ARCE | Le maintien serait quasi nul, mieux vaut le capital |
| Besoin de trésorerie au démarrage (matériel, formation) | ARCE | Cash immédiat pour investir |
| Incertitude totale sur ce que tu vas gagner | Maintien | Tu peux ajuster mois par mois |
| Risque de retour en CDI dans 6-12 mois | Rien (conserver) | Tu garderas tes droits intacts |
Pour creuser ce choix précis, lire notre conseil dédié.
Compatibilité par statut juridique
Toutes les structures juridiques ne donnent pas accès aux mêmes droits ARE :
- Micro-entreprise / EI / EURL gérant majoritaire : tu es TNS, donc pas de cotisation chômage, et pas de droits nouveaux. Les droits ARE acquis sur ton CDI précédent restent utilisables (maintien + cumul ou ARCE).
- SASU : tu es assimilé salarié mais sans assurance chômage (exclu par défaut). Idem, les droits acquis sur ton CDI restent utilisables.
- Portage salarial : tu es salarié de la société de portage et tu cotises au chômage. C'est le seul statut qui ouvre de nouveaux droits ARE pendant l'activité freelance.
Important : pour la SASU et l'EURL, la création de la société pendant le préavis est généralement autorisée mais nécessite une déclaration à France Travail. Pour optimiser, on peut créer la société 1-2 mois avant la fin du préavis pour démarrer l'activité dès le 1er jour de chômage.
Les démarches concrètes
- Inscription à France Travail dans les 12 mois suivant ton dernier jour de CDI. Idéalement dès le lendemain.
- Réception de la notification d'ouverture de droits sous 1-2 semaines
- Choix entre maintien et ARCE : tu dois prévenir France Travail explicitement de ton choix ARCE, sinon tu passes par défaut en maintien
- Création de la société / micro-entreprise : à faire avant ou pendant l'inscription à France Travail. Pour l'ARCE, tu as 30 jours après la création pour faire la demande.
- Actualisation mensuelle en option maintien : déclarer tes revenus freelance (sur la base des facturations encaissées du mois)
La règle d'or : ne jamais démissionner sans avoir validé sa stratégie ARE. C'est 30 000 à 60 000 € de droits qui peuvent partir en fumée pour une erreur de timing.
Pour aller plus loin
Notre simulateur calcule ton ARE exacte selon ton salaire et ton âge, et te dit ce que rapporte chaque option (maintien vs ARCE). Si tu veux trancher avec ta situation réelle, l'audit 30 min est conçu pour ça.