La vraie différence : TNS vs assimilé salarié
SASU et EURL sont deux sociétés unipersonnelles à l'IS qui se ressemblent juridiquement (une seule personne, responsabilité limitée au capital, possibilité d'embaucher, transmission facile). Mais elles te rangent dans deux régimes sociaux opposés, et c'est de là que vient toute la différence.
En SASU, tu es président assimilé salarié. Tu cotises au régime général de la Sécurité sociale via l'URSSAF, comme un cadre en CDI. Charges patronales ~45 %, charges salariales ~22 % du brut. Couverture maladie et retraite équivalentes au salariat. Pas de chômage en revanche, c'est l'exception du statut.
En EURL à l'IS, tu es gérant TNS (Travailleur Non Salarié). Tu cotises à la SSI (Sécurité Sociale des Indépendants), au régime des indépendants. Cotisations bien plus faibles, mais couverture sociale plus légère, et retraite complémentaire moins généreuse.
La réforme TNS d'avril 2026 : ce qui change
Le grand bouleversement de l'année : depuis le 1er avril 2026, l'assiette de calcul des cotisations TNS bénéficie d'un abattement forfaitaire de 26 %. Concrètement, ton revenu professionnel × 0,74 sert désormais de base de calcul. C'est censé être neutre sur le total prélevé (les taux ont été ajustés à la hausse pour compenser), mais ça change la mécanique de comparaison entre statuts.
Conséquence pratique : les simulateurs en ligne qui n'ont pas été mis à jour affichent des résultats trompeurs pour l'EURL. Vérifie toujours que ton outil intègre la réforme.
Le calcul ligne à ligne, sur 80 000 € de CA
Prenons un cas concret. Tu factures 80 000 € HT par an, tu as 5 000 € de frais professionnels déductibles, et tu te verses une rémunération de 24 000 € brute par an (2 000 €/mois). Le reste passe en dividendes.
| Étape | SASU | EURL (TNS) |
|---|---|---|
| CA HT | 80 000 € | 80 000 € |
| Frais déductibles | − 5 000 € | − 5 000 € |
| Rémunération brute / nette versée | − 24 000 € (brut) | − 24 000 € (net) |
| Charges patronales / cotisations TNS | − 10 800 € | − 7 990 € |
| Bénéfice avant IS | 40 200 € | 43 010 € |
| IS (15 % sur les premiers 42 500 €) | − 6 030 € | − 6 452 € |
| Bénéfice après IS (= dividendes bruts) | 34 170 € | 36 558 € |
| PFU sur dividendes (31,4 %) | − 10 729 € | − 11 479 € |
| Dividendes nets | 23 441 € | 25 080 € |
| Rémunération nette (après cotisations salariales SASU / IR TNS) | 18 720 € | 18 240 € |
| IR sur rémunération | − 1 685 € | − 1 642 € |
| Total net en poche | 40 476 € | 41 678 € |
| % du CA | 50,6 % | 52,1 % |
Différence : ~1 200 € par an en faveur de l'EURL. Soit 1,5 % du CA. Pas énorme, mais cumulé sur 10 ans : 12 000 €. Et la différence s'accentue quand le CA grimpe (à 150 k€, l'écart devient plus marqué).
Et avec une rémunération plus basse ?
Le calcul ci-dessus part du principe que tu veux 2 000 €/mois de rémunération. Si tu peux vivre avec moins (5-10 k€/an de salaire suffisent à valider tes trimestres retraite), la SASU rattrape mécaniquement l'écart, car ses charges patronales pèsent surtout sur le brut versé. C'est une stratégie classique : salaire minimal + tout en dividendes.
Inversement, si tu veux te verser plus de 50 k€/an de rémunération (parce que tu veux maximiser tes cotisations retraite, ou pour des raisons de capacité d'emprunt), l'écart se creuse en faveur de l'EURL — on parle alors de plusieurs milliers d'euros par an.
Au-delà du net en poche : 5 dimensions à comparer
1. Retraite — léger avantage SASU
La SASU cotise à l'Agirc-Arrco?Régime de retraite complémentaire des salariés du privé. Plus généreux que la retraite complémentaire SSI dont relèvent les TNS., le régime des salariés. La complémentaire SSI des TNS est sensiblement moins généreuse. À cotisations égales, le SASU touchera ~10-15 % de retraite en plus à 65 ans. C'est l'argument structurant pour qui pense à long terme.
Contre-argument : la différence se rattrape via un PER Madelin (article 154 bis CGI), accessible aux TNS avec un plafond de déduction qui peut atteindre 88 911 €/an en 2026, contre 37 680 € pour les assimilés salariés. Si tu utilises ce levier, l'EURL peut même devenir plus avantageuse sur la retraite à long terme.
2. Indemnités journalières maladie — avantage SASU
En arrêt maladie, le SASU touche des IJ calculées sur son salaire (régime général). Le TNS d'EURL touche des IJ forfaitaires plus faibles. Pour les arrêts longs, l'écart peut être de 1 500-3 000 €/mois en défaveur du TNS. À compenser obligatoirement par une prévoyance privée.
3. Dividendes — gros piège en EURL
C'est la spécificité fiscale à connaître. En SASU, tes dividendes sont taxés au PFU (31,4 %) et basta — aucune cotisation sociale dessus. En EURL, la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital + primes d'émission + compte courant d'associé est requalifiée en revenu d'activité TNS et soumise aux cotisations SSI.
Concrètement : si ton capital est de 1 €, la quasi-totalité de tes dividendes EURL est taxée comme du revenu d'activité. C'est la mauvaise surprise classique. Parade : capitaliser la société (apporter du compte courant ou augmenter le capital pour faire grimper le seuil des 10 %).
4. Sortie / Cession — légère préférence SASU
La SASU est plus souple pour faire entrer un associé ou céder ses parts (régime des SAS), avec moins de formalités. L'EURL impose une transformation préalable en SARL pour accueillir un associé, c'est un peu plus lourd. Si tu envisages de t'associer dans 3-5 ans, la SASU est plus prête.
5. Comptabilité et gestion — équivalent
Pas de différence majeure en pratique. Les deux régimes nécessitent un expert-comptable (compter 1 500-2 500 €/an), déposer des comptes annuels, faire une assemblée annuelle, etc. Les outils en ligne (Indy, Dougs, Pennylane) gèrent les deux à l'identique.
La matrice de décision honnête
Pour synthétiser, voici les profils types et le statut recommandé :
| Profil | Reco | Pourquoi |
|---|---|---|
| Tu veux maximiser le net immédiat et tu maîtrises le PER Madelin | EURL | ~1-3 k€/an de net en plus, et compensation retraite via PER |
| Tu veux la meilleure protection sociale (IJ, retraite) sans optimiser activement | SASU | Régime général, simple, robuste, pas besoin de PER complexe |
| Tu envisages de t'associer ou de lever des fonds dans 2-3 ans | SASU | Souplesse statutaire, transition facile vers SAS pluripersonnelle |
| Tu veux te verser >50 k€/an de rémunération | EURL | L'écart de cotisations devient significatif au-delà de ce seuil |
| Tu veux te verser <12 k€/an et tout sortir en dividendes | SASU | Pas de requalification des dividendes, contrairement à l'EURL |
| Tu démarres et tu n'es sûr de rien | SASU | Plus standard, moins de pièges sur les dividendes, transition facile |
Le choix SASU vs EURL n'est pas un calcul ponctuel : c'est un arbitrage sur 5-10 ans. Privilégie la flexibilité au gain marginal de 1 200 €/an si tu n'es pas certain de la suite.
Peut-on changer en cours de route ?
Oui, mais c'est lourd. Passer de l'EURL à la SASU (ou inverse) demande une transformation juridique : assemblée extraordinaire, modification des statuts, publication légale, immatriculation modificative. Compter 1 500-3 000 € d'honoraires expert-comptable + avocat, et 2-3 mois. C'est pour ça que le choix initial mérite vraiment d'être pesé.
Plus simple : tu peux conserver la même structure et juste modifier ton arbitrage rémunération/dividendes au fil des années. C'est ce que font la plupart des freelances qui s'installent dans la durée.
Pour aller plus loin
Le bon choix dépend de paramètres très personnels (situation maritale, horizon temporel, projets de levée, etc.). Notre comparateur du hub te donne une première vision chiffrée à ton CA, et si tu veux vraiment trancher, l'audit 30 min est conçu exactement pour ces décisions.